INFOLETTRE HALTE AU PILLAGE n°4 - 11 août 2009 Coroa do Frade un site protohistorique victime des détecteurs de métaux dans la région ouest d'Évora (Alentejo Central, Portugal ) |
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1. Coroa do Frade (Le frère de la Couronne) : un site protohistorique victime des détecteurs de métaux dans la région ouest d'Évora (Alentejo Central, Portugal )
Par Mario Carvalho (HAPPAH Portugal)
Le paysage et le contexte archéologique de la Coroa do FradeIdentifiée en 1957 par José Ventura Fernandes et fouillé dans les années 1971 et 1972, par José Morais Arnaud, la Coroa do Frade est la plus grande ville fortifiée du Bronze Final connue dans la région d'Évora. Conformément aux fouilles de José Morais Arnaud (Arnaud, 1979), la Coroa do Frade a été construite durant la fin de l'Age du Bronze et occupée, en permanence, jusqu'au début de l'Age du Fer (entre le début du X siècle avant J.-C. et jusqu'à la fin du VIII siècle avant J.-C.). |
Situé sur une colline, à proximité de la rivière de Valverde, le site présente un système complexe de défenses fortifiées, qui se compose d'une ligne principale en pierre, renforcée dans divers secteurs par des lignes secondaires et des tours sub-circulaires.
Les données recueillies au cours des fouilles de José Morais Arnaud (fait sans l'utilisation des méthodes modernes d'enregistrement et de fouilles par unités stratigraphiques) montrent un grand et riche patrimoine, compte tenu notamment du rapport entre les zones de fouilles et le grand nombre d'artefacts en bronze, en cuivre et en fer récupérés. Ce site est riche en céramique poterie, tournée ou non, avec une forte présence de bols, de forme allongée à mamelons, bords éversés, fonds plats, polis et décorés d'incisions. Les objets métaliques sont exceptionnellement abondants et bien conservés. Il a même été identifié, en 1971, un moule pour la fabrication d'objets en bronze. Les collectes de ces deux campagnes de fouilles menées par José Morais Arnaud sont actuellement en dépôt dans le Musée d'Évora.
Coroa do Frade : le rapport d'un acte barbare
En Janvier 2009, pendant les travaux de prospection archéologique menés par la municipalité d'Évora, les fortifications de la Coroa do Frade recevaient la visite d'un groupe d'archéologues. Ces visiteurs occasionnels, vont bientôt être confrontés à une scène inattendue: le site a été récemment pillé de façon méthodique. Ce pillage a été réalisé par des individus qui ont utilisé des détecteurs de métaux et dont le seul but était la collecte illégale d'objets métalliques pour leurs collections personnelles ou pour la revente.
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Les archéologues ont enregistré des centaines de grands "trous", beaucoup d'entre eux ont atteint le substrat géologique. Ce phénomène, par son caractère systématique et destructeur, invalide définitivement la réalisation de futurs projets de recherche destinés à des fouilles archéologiques. Apparemment, pas un seul mètre carré n'a été épargné. |
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Sans autorisation l'utilisation de détecteurs de métaux est illégale, tant sur le territoire national que dans la plupart des autres pays de l'UE. La législation portugaise, en théorie, sanctionne sévèrement ceux qui commettent de tels crimes contre le patrimoine archéologique. Les techniciens du C.M.E. ont effectué un vaste travail de collectes des objets archéologiques qui ont été laissés par les délinquants sur le site. Notons que ces objets sont d'une faible valeur commerciale (poterie et matériel lithique). L' IGESPAR (Instituto de Gestão do Património Arqueológico e arquitectónico) va suivre la procédure juridique. |
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L'Hôtel de Ville d'Évora a décidé de procéder à des fouilles archéologiques sur le site, prévues pour Septembre 2009, afin d'essayer de mieux comprendre toute l'extension et l'impact de cet acte barbare sur l'un des plus importants sites de l'Age du Bronze dans le centre de l'Alentejo. |
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2. Brèves italiennes
Le 22 Juin dernier, une perquisition dans un hôtel particulier situé près de Ronciglione a révélé une cache contenant plusieurs centaines d’objets d’époque étrusque. Ils ont été envoyés à la Superintendance des biens archéologiques pour être catalogués correctement. Le propriétaire de la maison a été mis en examen pour recel et détention illégale de biens archéologiques.
Le même jour en Sicile, les carabiniers, alertés par la population ont récupéré 5 amphores romaines aux mains de pilleurs, qui opéraient des fouilles clandestines maritimes, sur une épave située à une soixantaine de mètres de profondeur. L’enquête est toujours en cours.
Le pillage au détecteur de métaux est une pratique qui se développe de plus en plus à Imola selon l’archéologue Gonzales Muro qui a surpris récemment trois tombaroli la main dans le sac sur un site de la Montanara. Comme leurs collègues de Malaîn, ceux-ci prétextaient chercher des rebus de la deuxième guerre mondiale, ce qui est, avouons-le, fort rare sur des sites antiques.
3. Huit pilleurs espagnols arrêtés !
La Guardia Civil de Ciudad Real, après une enquête de six mois, a démantelé un réseau constitué de 8 pilleurs, ceux-ci s'échangeaient des informations sur leurs "bons coins" selon la terminologie des utilisateurs clandestins de détecteur de métaux. Plusieurs centaines d’artéfacts provenant de quatre sites archéologiques distincts, ainsi que six détecteurs de métaux ont été saisis. En Espagne comme ailleurs, les pilleurs sont arrêtés lorsque les services de la culture et de police collaborent pleinement.
4. Simmerath (Allemagne): Deux adolescents trouvent des munitions datant de la deuxième guerre mondiale.
Selon un communiqué de presse de la police d’Aix-la-Chapelle (24/06/2009), deux garçons âgés de 11 et 12 ans découvrent des munitions dans la forêt de Rollesbroich (Simmerath) où ils étaient en train de faire du vélo tout terrain. Sans y toucher, ils appellent la police. Parmi les munitions se trouve notamment un obus de mortier non explosé ("Blindgänger").
La police mandée sur place constate que les munitions avaient de toute évidence été déterrées par des chasseurs de trésors en quête d’insignes et de décorations militaires qui avaient creusé plusieurs trous et laissé traîner les munitions à la surface, sans balisage aucun et sans appeler le service de déminage.
Le comportement irresponsable de ces «prospecteurs de loisir» n’est pas exceptionnel, mais plutôt la règle, à en juger par les nombreux messages sur les fora de l’Internet et les nombreux autres «faits divers» du même type dans la presse. Ce ne sont d’ailleurs pas uniquement des enfants en train de jouer qui risquent de devenir les victimes du comportement inconscient de ces utilisateurs de détecteur, mais également les ouvriers forestiers qui brûlent des branchages.
5. Des objets issus du pillage du patrimoine archéologique en vente sur le site internet Ebay.fr
Il y a en permanence des milliers d’objets archéologiques en vente sur la plateforme de vente en ligne Ebay.fr. Il suffit de taper fibule, biface ou hache polie dans le moteur de recherche du site pour voir apparaitre des milliers d’objets archéologiques proposés à la vente. Bon nombre de ces objets proviennent de pillages. On voit régulièrement des annonces titrées, sans complexe, “rare lot de fouille” ou encore “lot détection”.
STATUETTE ROMAINE DE CULTE FANUM.OBJET EN BRONZE. |
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Ci-dessus une statuette gallo-romaine en bronze représentant le dieu Mercure vendue le 4 juillet dernier pour 700 euros sur le site Ebay.fr. Suite à de multiples signalements auprès d'Ebay.fr l'objet a été retiré de la vente. Puis le vendeur a remis l'objet en vente en pretextant qu'il possède un document qui prouve que l'objet ne provient pas de pillage. Mais de quel document parle t'il ? Serait-ce l'autorisation du propriétaire du terrain pillé ?
Le vendeur propose également d'autres objets antiques dont des fragments de bracelets antiques vendus comme "rare ensemble funéraire".
Conclusion : le doute profite aux menteurs. Pour vendre des objets pillés sur le site Ebay.fr il suffit de prétendre posséder des documents. Mais, à toutes fins utiles, rappelons que l'utilisation illégale d'un détecteur de métaux peut rapporter gros : jusqu'à 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende.
6. Un bel article dans le magazine Historia
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L'association HAPPAH vous conseille vivement la lecture du numéro du mois d'août 2009 du magazine Historia. Outre un beau dossier sur Jules César vous y trouverez un document de 4 pages, titré "Halte au pillage de notre patrimoine", par la journaliste Marine Dumeurger.
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7. Citation d'un assureur militant
Louis-Pol Delestrée in "Les monnaies « au coq » frappées en Gaule belgique", Revue Numismatique, vol. 6, 1980, pp. 33-62. Note 27 :
"Par précaution, nous sommes contraints de taire le lieu précis d'où proviennent ces monnaies — et bien d'autres — afin de ne pas risquer de déclencher l'avidité dévastatrice des fouilleurs clandestins armés de détecteurs, dont l'industrie ne peut qu'être encouragée tant par l'inadaptation de la loi que par l'impuissance de certaines "Autorités" pourtant responsables."
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