MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !
Infolettre Halte au Pillage n°2 - 8 mai 2009
10.380 euros de subvention publique pour la détection
Sommaire :
1. Quand des fonds publics financent les promoteurs de la recherche clandestine
2. Pillage transfrontalier
3. Chenets et chaudron de l’âge du fer en vente sur le site d’Ebay France
4. Arrestations en série de tombaroli
5. Le pillage en Sardaigne, état des lieux
6. Abonnement à l'Infolettre Halte au Pillage
1. Quand des fonds publics financent les promoteurs de la recherche clandestine - 10.380 euros pour le parc de détection du château de Chazoy.
Près de Burgille, en Franche Comté, Laurent Vuillemin a acheté en 2006 le château de Chazoy. Il s’agit d’une vaste demeure des XVè et XVIè siècles avec donjon carré et 2 hectares de parc.
Ce nouveau propriétaire est connu pour être un utilisateur de détecteur de métaux et un collectionneur de monnaies. En 2006, il créait sa société (statut EURL) Le Trésor des Séquanes. Elle a ouvert ses portes au public en février dernier. http://www.letresordessequanes.fr
Voici comment est décrit cette structure atypique sur son site internet :
« Le Trésor des Séquanes, c'est un musée sur le thème du monnayage, une maison de jeux et un parc de détection, où, à l'ombre d'une ancienne bâtisse du XVe siècle, petits et grands pourront devenir le temps de quelques heures des chasseurs de trésor.
Le Trésor des Séquanes, c'est également la vente et la location de détecteurs de métaux, la vente et l'achat de monnaies, l'expertise de monnaies et la librairie numismatique ».
Dans l’Est Républicain du 29 avril 2009, Laurent Vuillemin déclarait “ sur un terrain avec un relief donnant un côté aventure, nous pourrons partir à la recherche de trésors enfouis avec des détecteurs de métaux en location”. Pourtant, l’usage de détecteur de métaux à l’effet de recherche de vestiges archéologiques et historiques est soumise à autorisation préfectorale. Or, le gérant de cette société ne possède pas d’autorisation. Ses clients pourraient se trouver dans l’illégalité s’ils se livrent à des prospections dans l’enceinte ou en dehors de ce parc. Le gérant prétend que ses clients recherchent des leurres et sont guidés par une série d'énigmes. Quoiqu'il en soit, le site sur lequel il exerce intéresse l'histoire et l'archéologie. Il doit être préservé de toute agression sur fond de chasse au trésor.
Les collections de ce prétendu "musée" sont constituées de monnaies provenant de 220 pays. Les monnaies de ce musée sont à vendre, la structure fonctionnant comme une boutique de numismatique. La définition de l’ICOM ne faisant malheureusement pas force de loi en France, le terme de musée n'est pas protégé. Seul le label de “Musée de France” oblige à une certaine déontologie (loi 2002-5 du 4 janvier 2002). Dans le cas du Trésor des Séquanes, nous sommes en droit de nous interroger sur la provenance des monnaies. Son gérant est-il en mesure de prouver que toutes ses monnaies ont été découvertes de manière régulière ? Celui-ci prétend que " les monnaies présentées ont été achetées dans des ventes publiques, des factures attestent l’achat de ces monnaies dans des conditions légales ".
La création de ce parc de loisir, axé sur la recherche et la vente d'objets archéologiques est préoccupante. De nombreux archéologues s’inquiètent de la mauvaise image de l’archéologie qui est véhiculée par cette société. Le cadre se résume ici à la chasse aux trésors. La Franche Comté étant durement touchée par le pillage au détecteur de métaux, il est à craindre que cette société induise des utilisateurs clandestins de détecteurs de métaux à vendre leurs trouvailles, en particulier leurs monnaies. En tout état de fait, le Trésor des Séquanes fait la promotion d'une activité nuisible pour le patrimoine archéologique. Pourtant, Laurent Vuillemin a reçu du Conseil Général une subvention de 10.380 euros et un prêt d’honneur pour le développement de sa structure.
2. Pillage transfrontalier
Certains petits pilleurs français ne connaissent pas de limites. L'HAPPAH a recensé de nombreux faits de pillage sur des sites en Espagne, au Portugal, en Italie et au Maghreb. L'association vient de repérer les fruits de prospections sauvages menées vers la Pologne en Albanie et en Moldavie sous couvert de tourisme culturel !

Traits médiévaux pillés sur un site Moldave.
3. Chenets et chaudron de l’âge du fer en vente sur le site d’Ebay France
Il y a en permanence des milliers d’objets archéologiques en vente sur la plateforme de vente en ligne de la société Ebay. Il suffit de taper fibule, biface ou hache polie dans le moteur de recherche du site pour voir apparaitre des milliers d’objets archéologiques proposés à la vente. Bon nombre de ces objets proviennent de pillages. On voit régulièrement des annonces titrées, sans complexe, “rare lot de fouille” ou encore “lot détection”.
Cette semaine c’est une paire de chenets en fer (75 cm x 55 cm) accompagnée d’un chaudron en bronze et crémaillère, qui attire notre attention. Cet ensemble du second Âge du Fer aurait été trouvé dans la région de Breteuil (Oise) en 1982. Il aurait été restauré par le laboratoire du musée de Mayence en 1997.

4. Arrestations en série de tombaroli
La presse italienne a relayé ces dernières semaines un nombre important d’arrestations de tombaroli pris en flagrant délit de pillage archéologique à l’aide de détecteurs de métaux. En tout vingt pilleurs ont été arrêtés sur sept sites différents en moins de deux mois.
Ainsi le 30 avril, des carabiniers ont interpellé deux utilisateurs clandestins de détecteurs de métaux dans la grotta di Entella ainsi que leur complice qui faisait le guet. Au même endroit, en novembre dernier, cinq pilleurs avaient déjà été arrêtés. Ce site est régulièrement pillé malgré son classement en réserve naturelle. Deux jours plus tôt, en Toscane, ce sont deux autres pilleurs qui ont été arrêtés suite à une enquête sur le trafic d’objets archéologiques, ils avaient chez eux des milliers d’artéfacts ainsi que deux détecteurs de métaux. Un mois plus tôt, le 30 mars, au même endroit, les carabiniers, alertés par la population locale ont arrêté deux tombaroli, dans leur voiture se trouvait des détecteurs de métaux et le fruit du pillage qu’ils avaient effectué les jours précédents. A Matera le 22 avril, ce sont 5 personnes qui ont été surprises en flagrant délit de fouille clandestine, des centaines d’objets archéologiques ont été saisis. A Enna, trois arrestations le 28 mars, deux jours plus tôt à Kamarina et 3 à Capua le 7 mars.
On pourrait croire à la vue de ces chiffres que l’Italie est particulièrement touchée par le pillage archéologique, pourtant elle ne l’est pas plus que la France, la grande différence réside dans le fait qu’il y a 500 carabiniers spécialisés dans la lutte contre le vol de biens culturels contre à peine une cinquantaine de policiers et gendarmes à l’OCBC. Les carabiniers en général sont aussi nettement mieux informés que leurs collègues français à propos des lois de protection du patrimoine. Aujourd’hui, en France, trop de pilleurs pris en flagrant délit s’en tirent avec une simple remontrance ou une amende tellement ridicule, qu’elle représente l’équivalent d’une amende pour stationnement gênant dans une grande ville.
5. Le pillage en Sardaigne, état des lieux
Le capitaine Manconi, commandant de la cellule de Protection du Patrimoine Culturel des carabiniers en charge de toute la Sardaigne, a donné récemment une interview au magazine italien NanniMagazine dans laquelle il faisait le point sur la situation du pillage sarde. Cette île est réputée pour son histoire et en particulier pour la culture nuragique datant de l’âge du Bronze. Selon ce militaire, les pilleurs sont généralement des personnes issues de l’île qui pratiquent le pillage afin de boucler les fins de mois mais il existe aussi des cas de pillages « touristiques » exercés par des continentaux venus spécifiquement piller le patrimoine insulaire (comme ce médecin surpris en novembre dernier en flagrant délit équipé d’un détecteur de métaux sur un site archéologique très important). Les pilleurs ciblent particulièrement le mobilier métallique nuragique et pour cela détruisent totalement nombre de sites à la recherche d’artéfacts intacts, les autres, fragmentés, sont généralement abandonnés ou vendus localement. Les pièces complètes alimentent le marché de l’art international pour finir dans une collection privée allemande, américaine, suisse ou anglaise. En huit ans cette cellule spécialisée sarde a répertorié 44 pillages sur des sites identifiés et récupéré plus de 120 000 artéfacts archéologiques pillés.
6. Abonnement Infolettre Halte au Pillage
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