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| Bulletin Halte au Pillage n°02, avril 2009 | LIENS |
Pillage du site de Mâlain (Côte d’Or) - Noureddine Kéfi et Yves Pautrat |
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L'agglomération antique de Mâlain en Côte d'Or a fait l'objet de nombreux pillages en 2008. A deux reprises des pilleurs ont été pris en flagrant délit de pillage nocturne. L'un d'entre eux était muni d'un radar de sol professionnel à 18000 euros. Le site fait l'objet d'une surveillance toute particulière (même la nuit !).
L'agglomération antique de Mediolanum est bien connue des archéologues bourguignons. Elle occupe une vaste surface au sud-est du village actuel de Mâlain (21). Largement documentée par la photographie aérienne (R. Goguey), elle a fait l'objet de fouilles ponctuelles pendant une vingtaine d'années, au lieu-dit« La Boussière » par le Groupe Archéologique du Mesmontois, sous la direction de L. Roussel. Les structures dégagées par ces fouilles sont en partie protégées par un hangar, le foncier appartenant à l'Etat et à l'association. Un projet de mise en valeur des vestiges conservés est actuellement à l'étude. Publié récemment, ce site fait l'objet d'animations régulières et d'interventions pédagogiques (classes du patrimoine).
C'est grâce à la veille attentive de l'un d'entre nous (NK), qu'au moins deux pillages ont été récemment relevés et ont fait l'objet d'interventions de gendarmerie. Le premier a eu lieu dans la nuit du 19 au 20 septembre 2008. Venu surveiller le site, Noureddine a appelé le 17 après avoir repéré deux individus en train de prospecter au détecteur à une centaine de mètres du hangar des fouilles. Les gendarmes, arrivés discrètement sur les lieux, ont pu interpeller les deux hommes, vêtus de tenues paramilitaires et équipés de détecteurs de métaux et de pelles bêches. Ceux-ci leur ont déclaré rechercher des boutons de la première guerre mondiale et ignorer la présence du site archéologique ; ils n'étaient d'ailleurs pas porteurs d'objets archéologiques. Leur véhicule tous terrains, immatriculé dans le Nord, était garé à proximité, et ils sont repartis après avoir laissé leurs identités aux gendarmes. Par la suite, grâce aux photos prises et à quelques recherches sur Internet, il s'est avéré que ces deux détectoristes utilisaient des détecteurs de très haut de gamme, dédiés à la recherche de grosses masses (un détecteur grosse masse et un radar de sol), et en aucun cas adaptés pour de petits objets récents. La conjonction « utilisateurs étrangers à la région » + « détecteurs coûteux » + « recherches nocturnes » + « site archéologique connu » laissait clairement penser qu'il pouvait s'agir de pilleurs « professionnels ». En conséquence, l'Etat (DRAC-SRA) a porté plainte et saisi le Procureur de la République de la gravité potentielle de ces faits.
Noureddine a poursuivi ses rondes de surveillance
aléatoires et c'est dans la nuit du 16 novembre, vers
23h30, qu'il a repéré deux nouveaux prospecteurs,
dans une parcelle agricole plus éloignée, mais toujours
dans l'emprise de la ville antique (une nécropole ?).
Son appel au 17 a été suivi de l'arrivée de gendarmes,
malheureusement peu discrets, qui ont fait fuir les
clandestins.
Aucune interpellation ou constatation n'a donc pu être
effectuée.
Pour compléter la première affaire, l'un d'entre nous (YP) s'est donc rendu sur place le 18 novembre au matin, pour constater la présence des trous de pillage, et a établi un procès-verbal de prospections et fouilles sans autorisation transmis le jour même au Procureur. Il convient de noter que ces trous étaient très superficiels et n'excédaient pas la couche de labour. Noureddine n'ayant pas vu ou entendu de voiture après le départ des gendarmes, il est permis de supposer que les pilleurs du 16 novembre étaient différents de ceux du 20 septembre, et, peut-être, d'origine locale (venus à pied avec un matériel plus standard ?).
Ces deux affaires montrent clairement la vulnérabilité d'un site archéologique vaste et bien connu par ses différentes publications. Elles prouvent que ces pilleurs, « professionnels » ou amateurs, ont une pleine conscience du caractère illégal de leurs recherches, puisqu'ils les pratiquent de nuit en toute discrétion. Elles mettent en lumière le manque d'information et tout simplement de sensibilisation des brigades de gendarmerie, par rapport à la législation en vigueur. Pour un archéologue qui sacrifie ses nuits à surveiller un site qu'il connaît bien, combien d'autres sites archéologiques équivalents sont-ils pillés, sans que nul n'en soit informé ? |
Quelques un des stigmates observés sur le site de Mâlain. (cliché SRA Bourgogne, novembre 2008) |