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MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !

 

 

 

 

 

Bulletin n°02, avril 2009

Editorial - Grégory Compagnon

Les archéologues, bénévoles et professionnels, éprouvent un sentiment d’impuissance face au phénomène du pillage. Mais la grogne est croissante chez les personnes sensibles à la protection du patrimoine. On perçoit déjà des évolutions positives dues à une encourageante mobilisation chez les archéologues. L’administration ne prend pas le sujet à la légère. La lutte contre le pillage est une préoccupation constante et une prise de conscience se développe à tous les niveaux.


Certains clandestins sont sensibles aux efforts pédagogiques déployés à leur adresse. C’est encourageant ! Ceux qui ne veulent pas comprendre le discours de l’association HAPPAH ont parfois 10, 15 ou 30 ans d’addiction à leurs détecteurs de métaux et pratiquent la chassse à l’objet en toute connaissance du cadre réglementaire. Certes, beaucoup ont une mauvaise interprétation de la loi. Ils s’arrangent volontiers d’arguments déculpabilisant et un brin hypocrites : recherche d’objets n’intéressant pas l’histoire et l’archéologie, dégradation des objets dans le sol, objets qu’il faut donc « sauver », curiosité pour le passé, plaisir de la découverte, loisir, etc. Le discours de l’association HAPPAH semble parfois apeurer. Mais pourquoi avoir peur d’un mouvement qui cherche à améliorer la protection du patrimoine ?
En tous cas, il est grandement temps de se remettre en question.


Certains utilisent le détecteur ou la pioche pour de modestes compléments de revenus. Il y a de véritables pilleurs professionnels, mais ils semblent peu nombreux. La plupart des pillages ne sont pas la cause d’une nécessité d’ordre financier. Dans ce sens, l’un des espoirs repose sur la sensibilisation du public et de ces passionnés clandestins. Il faut d’urgence tenter de réduire l’érosion du patrimoine archéologique et historique qui constitue, doit-on le rappeler, la mémoire de l’humanité. Une grande campagne de sensibilisation semble nécessaire. Personne ne naît avec un détecteur greffé sur le bras. Les archéologues et les amoureux du patrimoine ont un grand rôle à jouer.


Il est vraiment temps d’agir. L’association HAPPAH recense 30 magasins et des centaines de points de vente, des dizaines de vendeurs sur internet, 7 magazines spécialisés, de nombreux sites internet consacrés à la chasse aux trésors, etc. Le nombre de magasins spécialisés dans la vente de détecteurs de métaux et de produits connexes ne cesse d’augmenter. A chaque nouveau point de vente, le nombre de clandestins explose et les collectes sauvages de la même manière. Les faits rapportés à l’association HAPPAH sont consternants. Toutes les régions de France sont touchées. Des sites sont visités jusqu’à 6 fois par an par des chasseurs de trésors qui se succèdent.


Certains sites ne livrent presque plus de vestiges métalliques. Avec plus de 10.000 « braconniers du patrimoine » sur le territoire national, ce sont chaque année des centaines de milliers d’objets, intéressant l’histoire et l’archéologie, qui disparaissent dans des collections privées.

Soustraites de leurs contextes, ces collections n’apportent presque rien à l’archéologie Les prélèvements sauvages sont destructeurs d’informations essentielles pour la science. Les pilleurs sont des effaceurs de mémoire.

Aux yeux de beaucoup d’archéologues français, le phénomène de pillage de loisir, la détection, n’est pas seulement synonyme de clandestinité : elle représente une véritable atteinte au patrimoine culturel enfoui. Les utilisateurs de détecteur de métaux recherchent principalement de petits objets métalliques, d’intérêt archéologique ou historique, qu’ils peuvent collectionner ou vendre.


Aux yeux de ses utilisateurs et de ses partisans, la détection serait une activité motivée par le plaisir et la passion, apparaissant dans leur discours sous l’avatar de la « détection loisir ». La formule a été inventée par les marchands de détecteurs dévoyant une réponse faite par le Ministère de la Culture à un parlementaire. Elle n'a aucune signification juridique et sonne plus comme une tentative de déculpabilisation. Employée par les adeptes de la « chasse aux trésors » elle permet de contourner la loi et ses contraintes. Au même titre que le braconnage d’espèces animales protégées, la recherche d’objets métalliques d’intérêt historique ou archéologique ne saurait être reconnue comme un loisir. En plaquant cette étiquette de loisir sur une pratique clandestine agressive et destructrice, les marchands de détecteurs et les associations d’utilisateurs donnent une image biaisée de l’archéologie. Les marchands de détecteurs, dont certains sont également éditeurs des revues spécialisées, incitent leurs clients à enfreindre les lois en commettant toute une série d’infractions. Les associations d’utilisateurs de détecteurs, souvent créées ou liées avec le secteur marchand, ne font pas leur travail d’information. L’association HAPPAH dénonce ces pratiques et souhaite une meilleure application des lois existantes. Des dispositions doivent d’urgence être mises en oeuvre dans un souci de préserver le patrimoine de la collectivité. Les générations futures se moqueront du laxisme de notreépoque si rien n’est fait.

Le phénomène détection pourrait s’estomper de lui même avec la disparition des ressources qu’il aura abusivement convoitées. Avant ce terme tragique, l’association HAPPAH agit sur tous les tableaux. Un brouilleur de détecteur de métaux muni d’un système d’alarme par SMS a été conçu par un membre de l’association et développé dans une école d’ingénieur. Cet instrument redoutable est prêt et déjà testé sur plusieurs sites en forêt. Lors de l’assemblée générale du 21 mars dernier, la stratégie à adopter concernant sa commercialisation a été discutée. Le produit sera probablement sur le marché dans les mois à venir et montrera rapidement son efficacité.

Des collectivités, des Services Régionaux de l’Archéologie et des archéologues se sont déjà intéressé à cette possibilité. Des membres de l’association HAPPAH ont fait part de leur motivation pour gérer l’utilisation de ces appareils (pose, maintenance, etc.).

Avec plus de 10 000 “braconniers du patrimoine sur le territoire national, ce sont chaque année des centaines de milliers d’objets, intéressant l’histoire et l’archéologie,qui disparaissent dans des collections privées”

L’association HAPPAH compte déjà une centaine de membres et s’appuie sur un riche réseau de sympathisants en France mais aussi à l’étranger. Les actions se multiplient en région et des antennes locales ont été créées. Ce travail long et laborieux nécessite beaucoup d’efforts auxquels chacun est convié.

En ce qui concerne les actions à l’étranger, des membres de l’association HAPPAH ont mené des enquêtes sur le trafic des biens culturels. Par ailleurs, une mission de sensibilisation va être menée en octobre 2009 dans l’Adrar en Mauritanie. Le développement du tourisme dans cette région s’accompagne de très nombreux pillages et il est possible d’agir concrètement sur place. Le patrimoine archéologique de la région est peu connu, à défaut d’être étudié il est livré aux pillages. La sensibilisation peut être un moyen d’éviter le dispersement des richesses archéologiques tout en apportant matière aux études scientifiques. Le projet donnera de l’écho à l’Appel de Nouakchott et permettra d’étendre sa voix auprès des populations locales. Cette première mission sera suivie d’un programme pluriannuel de recherche et d’inventaire en partenariat avec l’AIPRA (Association Internationale pour la Promotion et la Recherche en Archéologie).

L’association HAPPAH est maintenant membre du site World Heritage Center de L’UNESCO.

 

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