MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !
Bulletin n°02, avril 2009
Des millions de données perdues pour la recherche
- Grégory Compagnon
Pour modérer les incompréhensions réciproques entre les deux parties, et trouver des solutions efficaces, il serait temps d’améliorer la politique actuelle de lutte contre le pillage. Une doctrine clairement définie permettrait, entre autres, aux différents acteurs liés à l’étude, la protection et la mise en valeur du patrimoine, de savoir quelle attitude adopter face au phénomène. Mais si une telle doctrine se met en place, encore faut-il qu’elle soit suivie.
Beaucoup d’archéologues et de conservateurs régionaux
semblent avoir baissé les bras. D’autres ne s’en
soucient guère jusqu’au jour où ils y sont confrontés
sur le terrain.
Actuellement, quelques archéologues ont tendance à
tester des choses maintes fois répétées sans succès
notables depuis plus de 25 ans. Comme en témoignent
les expériences décevantes menées en Grande-
Bretagne, les chartes déontologiques du détectoriste fonctionnent mal et font l’objet de dérives incontrôlables.
D’une manière générale, la coopération entre
archéologues et utilisateurs clandestins est mal perçue
et souvent dissimulée.
Les données issues de ces échanges ne sont pas fiables
car le scepticisme doit, dans un souci d’éthique et
d’intégrité, peser sur l’origine des millions d’objets prélevés
chaque année par les chercheurs clandestins.
Toutefois, ces rapprochements, souvent timides, entre
clandestins et scientifiques, sont relativement rares.
Seuls quelques archéologues bénévoles ou des chercheurs,
parfois qualifiés de simples « typologistes »,
opèrent dans ce sens.
Des chercheurs ou des conservateurs de musée attachent
une grande importance à la conservation des
vestiges fussent-ils de provenance irrégulière.
Vouloir conserver et mettre en valeur est une chose, il
n’en reste pas moins que la démarche est contestable.
Par la fenêtre qu’ils ouvrent à l’archéologie noire,
pénètrent des malfaçons et des données douteuses.
A l’opposé, beaucoup d’archéologues refusent d’enregistrer
les trouvailles présentées par les chasseurs de
trésors, par souci d’éthique et pour ne pas cautionner
ou donner l’impression de cautionner ces pratiques.
Les clandestins peinent à comprendre pourquoi certains
SRA ou archéologues refusent d’enregistrer leurs
trouvailles.
Ceux-là connaissent parfois des archéologues qui viennent
chasser le bel objet sur leurs tables de cuisine ou
dans leurs vitrines.
Pour les acteurs de la lutte contre le pillage ces rapprochements
représentent une menace, alors que pour
les associations de détection, il s’agit de coopération
au service de l’archéologie.
Dans les faits cette « coopération » encourage le pillage.
En outre, rappelons que la multiplication de ces
accords tacites serait un véritable cheval de Troie en
faveur de la détection.
Tous les objets pillés ne peuvent être garantis comme
des données fiables.
Dans ce sens, tous les objets arrachés de leur contexte
lors des pillages peuvent être légitimement considérés
comme perdus pour la recherche.
Nous savons, par exemple, que des objets sont vendus
avec de fausses provenances.
Il s’agit pour le clandestin, soit de flouer les véritables
ayants droits, soit de conserver les privilèges sur un
site prometteur. Ce n’est pas sans poser de problèmes
déontologiques aux musées qui s’en portent parfois
acquéreurs. L’HAPPAH a recensé plusieurs cas d’objets
publiés avec des provenances très probablement erronées.
"les archéologues et les musées ont d’autres choses à faire que de blanchir des objets prélevés illégalement."
Quelques utilisateurs clandestins de détecteur de
métaux tentent de démontrer leur bonne volonté et de
s’imposer implicitement par la déclaration de trouvailles
importantes.
Ce fut le cas en 2006 avec la découverte du dépôt de
Mathay (Bronze final) dans le Doubs. Détecté lors d’une
prospection collective par des membres de la FNUDEM
qui n’avaient aucune autorisation, il a été laissé en
place, déclaré au SRA et fouillé avec l’aide d’agents de
l’INRAP et de Jean-François Piningre.
D’autres dépôts ont été déclarés par des clandestins.
Mais pour un dépôt déclaré combien de dépôts dilapidés
?
Ces tentatives de rapprochements et de bonne foi sont
louables mais, outre les questions de déontologie, les
archéologues et les musées ont d’autres choses à faire
que de blanchir des objets prélevés illégalement.
La systématisation des déclarations volontaires serait
une solution à court terme qui ne ferait qu’encourager
une archéologie d’antiquaire sur fond de chasse aux
trésors.
Ce serait aller à l’encontre de la politique de préservation
du patrimoine et renier toute une évolution de la
discipline scientifique qu’est devenue l’archéologie.
Un système laxiste, dit « responsable » par les partisans
de la détection, ne ferait qu’accélérer la destruction
du patrimoine, à l’heure où les chercheurs tentent
d’enregistrer un maximum de données sur chacune de
leurs fouilles.
Des membres d’associations de détection cherchent déjà à faire pression sur la communauté archéologique par ce qu’ils nomment un « boycott des déclarations ». L’archéologie et la recherche clandestine d’objets métalliques semblent incompatibles et tout mariage serait rétrograde. Les prétextes des utilisateurs les plus fervents sont de mauvaise foi. Ceux qui pratiquent leur activité depuis de nombreuses années (certains depuis plus de 30 ans !) ont peine à avouer qu’ils se comportent comme des pilleurs. C’est pourquoi, outre un renforcement des dispositions visant une répression accrue, toutes les personnes qui tiennent à la protection du patrimoine doivent sans doute redoubler leurs efforts dans des actions de sensibilisation à destination du grand public.